Vous êtes bien sur la page de l'OBNL Respire!
Notre site est en reconstruction.
Mais nous sommes au travail!
Pour en savoir plus sur nos projets ou nous parler de vos idées, contactez-nous à : info@organismerespire.com
Pour le projet ADOES et nos publications, cliquez ici
Ouvre la section sur le projet ADOES et les publications de l'Organisme Respire
Respire offre des services de recherche qualitative sur des enjeux urbains. Nous aidons les administrations publiques, organisations communautaires, firmes privées à documenter les usages de lieux, les cohabitations, les groupes et leurs pratiques par les outils offerts en anthropologie, géographie, sociologie urbaines.
Le projet ADOES met en lumière une problématique sociale et scientifique méconnue : la place des adolescentes dans la ville. Mené par les chercheuses Nathalie Boucher et Sarah-Maude Cossette de l’OBNL montréalais Respire, le projet ADOES s’intéresse aux expériences, aux pratiques et aux besoins des adolescentes dans l’espace public urbain.
Longtemps, les jeunes et les femmes ont été exclus·es de l’espace public des villes, aménagé et approprié par et pour les hommes. Cette vision de la ville teinte encore aujourd’hui les pratiques d’aménagement et les expériences des usagères de l’espace public. Les recherches récentes en sciences sociales et en études urbaines montrent qu’à l’intersection des identités jeune et femme, les adolescentes subissent le contrecoup d’une double discrimination dans l’environnement urbain — une situation presque inchangée à travers les décennies.
Depuis 2018, Respire documente par une démarche de recherche qualitative l’expérience des adolescentes dans les parcs du quartier Pointe-aux-Trembles à Montréal. Fort d’un intérêt renouvelé des acteurs locaux, le projet ADOES est nourri d’une collecte de données variée et étendue dans le temps, visant à rejoindre un bon nombre d’adolescentes et leur donner la parole sur leurs besoins et aspirations. Au total, nous avons cartographié, observé et discuté avec plus de 300 adolescentes d’environ 12 à 17 ans :
- Caractérisation des espaces publics du quartier (suivant les critères recherchés par les adolescentes, comme la proximité et l’intimité — 2018) ;
- Observation participante et cartographie des pratiques (parc Beausoleil et parc Saint-Jean-Baptiste — 2019) ;
- Deux séries d’ateliers participatifs avec des adolescentes à la Maison des jeunes de Pointe-aux-Trembles (présentation des résultats de terrain, collecte des commentaires des filles, cartes mentales et dessins, visites commentées du parc Daniel-Johnson, formation à l’appareil municipal — 2019 et 2022) ;
- Événement de projection architecturale Les adolescentes se projettent dans l’espace public, au Festival UNA pour l’égalité, en collaboration avec MAPP_MTL (2021). Les dessins des filles représentant ce qu’elles aiment faire dans leur parc de quartier ont été animés et projetés sur le mur de la Maison des jeunes ;
- Kiosques d’ethnographie pop-up lors de plusieurs événements citoyens à Pointe-aux-Trembles entre 2021 et 2023 (Festival UNA pour l’égalité, Marché public, Journée Complètement Techno) ;
- Réalisation du court-métrage ADOES (avec Alexandra Nadeau, réalisatrice) et de la série photographique Pour se tailler une place (avec Michelle Caron-Pawlowsky, photographe), exposée à la Place du Village-de-la-Pointe-aux-Trembles à Montréal et au Museo Spazio Pubblico de Bologne en Italie (2023) ;
- Journée de réflexion et d’échanges ADOES dans la ville, rassemblant une trentaine de personnes issues des milieux universitaires, communautaires et professionnels (Montréal–Paris–Mexico–Hanoï) sur la question de la place des jeunes femmes dans les espaces publics urbains ;
- Mandat de recherche documentaire et d’accompagnement auprès de l’entreprise de fabrication d’équipements de parc Jambette, visant à créer un produit novateur, adapté aux pratiques, besoins et préférences des adolescentes (2023–2025).
Les données issues de la littérature scientifique du nord global (francophone et anglophone) et des résultats du projet ADOES à Montréal sont unanimes : les adolescentes sont toujours moins nombreuses que les garçons de leur âge dans les parcs, car elles s’y sentent moins confortables, bienvenues et légitimes. Les adolescentes privilégient les activités sociales, dans des espaces qui offrent une intimité et des équipements qui répondent à leurs besoins et préférences : des assises de groupe, en hauteur, à l’abri du soleil et des intempéries, offrant une intimité et une tranquillité, pourvues d’un éclairage adapté, puis localisées à proximité de toilettes publiques et de services qu’elles aiment et qui correspondent à leurs moyens (par exemple, des cafés).
Ce qu’elles cherchent, elles le trouvent peu, ou pas du tout. À l’heure actuelle, l’aménagement et les équipements dans les espaces publics montréalais sont centrés sur les besoins des enfants (aires de jeux) et les pratiques sportives, comme les skateparks et les terrains de sport (basketball, soccer). Ces équipements sportifs sont appropriés par une majorité d’usagers masculins. Les filles restent en marge : elles marchent sur les sentiers ou s’installent sur les quelques tables, bancs et estrades inutilisés.
À ces contraintes urbaines s’ajoutent des contraintes sociales qui découragent la présence des adolescentes dans l’espace public. D’abord, on observe un tabou autour de la sociabilité des filles. Il s’agit d’un phénomène historique de dévalorisation sexiste des pratiques sociales féminines dans la sphère publique, qui participe au préjugé selon lequel les filles, ensemble, discutent de futilités ou potinent (gossip). Ce tabou semble exister autour de la figure de « l’adolescente » comme étant particulièrement vulnérable et exposée aux dangers si elle se trouve seule (ou elles se trouvent seules) en public. La présence même des adolescentes dans l’espace public est un tabou, car pour leur propre sécurité, on les préfère accompagnées, animées, encadrées. Les contraintes urbaines et sociales renvoient les filles à des espaces domestiques ou commerciaux (cinémas, centres d’achats, restaurants rapides).
Bref, les adolescentes doivent constamment « faire avec » un environnement urbain et un contexte social qui tend à les exclure de l’espace public : elles deviennent en quelque sorte des flâneuses invisibles. Mais elles ne sont pas passives devant ces contraintes. Les adolescentes développent des tactiques d’occupation de l’espace public pour prendre leur place malgré tout. Cela se traduit de plusieurs façons. Elles utilisent ingénieusement des équipements qui répondent peu ou pas à leurs besoins et envies, par exemple s’asseoir dans les estrades des terrains sportifs ou sur les balançoires prévues pour les enfants, par défaut et lorsqu’elles sont libres. Elles s’accompagnent d’amies et de leur cellulaire pour se sentir plus à l’aise. Néanmoins, elles sont parfois contraintes de quitter les parcs, que ce soit en raison du manque d’espace et de mobilier où s’installer confortablement, de l’absence de toilettes publiques ouvertes et bien équipées (rares dans l’espace public) ou encore pour éviter les interactions désagréables avec certains usagers masculins, souvent de l’ordre du harcèlement sexuel.
L’expérience des adolescentes dans les parcs de leur quartier montréalais met en lumière comment une inégalité sociale peut perdurer et s’inscrire très concrètement dans l’espace urbain. Dans une société qui promeut l’égalité de genre et l’aménagement de villes inclusives et accessibles, concevoir des espaces publics où les adolescentes se sentent confortables et légitimes s’impose comme une nécessité. Le projet ADOES invite à faire une lecture des espaces et des équipements publics en considérant les variables intersectionnelles du genre et de l’âge.
En réponse à cette problématique, Respire a accompagné l’entreprise québécoise de fabrication d’équipement de parc Jambette dans la création d’un équipement pensé spécifiquement pour les besoins des adolescentes : une première en Amérique du Nord. L’objectif est de fournir un support inclusif à la présence et aux pratiques sociales des filles : un groupe jusqu’ici très mal desservi en termes de mobilier urbain. Les premiers produits de la collection O-Asis de Jambette, le FriO et le PlatO, sont conçus pour des petits groupes d’amies qui souhaitent s’asseoir ou se balancer ensemble confortablement, discuter, dans un « cocon » intime, à l’abri des intempéries. En collaboration avec l’organisme Respire, les produits ont été réfléchis suivant les conclusions de la recherche scientifique ici et ailleurs sur les préférences des adolescentes : les formes, la hauteur, le balancement, l’abri, la dimension des assises, l’intimité. L’allure mature et ludique du mobilier O-Asis, tout comme la pratique qu’il supporte — la sociabilité —, indique aux adolescentes qu’elles sont les bienvenues dans cette rare oasis urbaine imaginée pour elles. Les équipements ont été installés en primeur à Pointe-aux-Trembles, où Respire a documenté leur utilisation et l’appréciation des usager·ères durant l’été 2025.
Articles scientifiques
- Boucher, N. et Cossette, S.-M. (2022). Pour une recherche modulée aux besoins et aux réalités des adolescentes. Sociologie et Sociétés, 54(2), 153–182.
- Cossette, S.-M. et Boucher, N. (2021). Les adolescentes, tacticiennes de l’espace public. Usages engagés et expériences transgressives des adolescentes dans les parcs de Pointe-aux-Trembles (Montréal). Revue canadienne de recherches urbaines, 30(2), 109–123.
Articles grand public
- Boucher, N., Cossette, S.-M. et Garin, J. (2024). Aménager les espaces publics pour les personnes qui n’y sont pas. Paysages : revue annuelle de l’Association des architectes paysagistes du Québec, vol. 19, 52–54.
- Conseil Québécois du Loisir — CQL (2023). Cadre de référence pour l’accessibilité et l’inclusion en loisir, p. 21.
- Boucher, N. et Cossette, S.-M. (2022). Les filles ont-elles droit aux parcs ? Droits et libertés, 40(2), 41–44.
- Fontaine, A. et Salaün, P. (2021). Les parcs et les adolescentes : entretien avec Nathalie Boucher et Sarah-Maude Cossette. Les Cahiers du CRIEM. Promenades de Jane : quand les citoyen·ne·s racontent la ville, vol. 5, 42–47.
Bande dessinée
- Boucher, N. et Cossette, S.-M. (2024). Présences invisibles : les adolescentes à l’épreuve des parcs. Dans V. Amiraux (directrice) et A. Dion-Fortin (illustratrice). Chiller à Montréal : jeunes et espaces publics en quatre récits (p. 40–62). Montréal : Presses de l’Université de Montréal.
Interventions dans les médias
- Pouliot, E. (29 juillet 2025). Projet ADOES : du mobilier pensé pour les adolescentes à PAT. EST Média Montréal.
- Saulnier, P.-A. (1ᴪʳ juillet 2025). Des modules destinés aux adolescentes à l’essai dans deux parcs de Montréal. Le 15-18, Radio-Canada.
- Blondin, S.-A. (1ᴪʳ juin 2025). Des parcs mieux adaptés aux jeunes filles. Les années lumière, Radio-Canada.
- Desrochers, A. (12 décembre 2022). Comment réduire l’inconfort des adolescentes dans l’espace public ? Le 15-18, Radio-Canada.
- Gaurrant-Paradot, M. (26 novembre 2022). Les adolescentes, doublement discriminées dans les espaces publics ? Journal Métro.
Produits artistiques
- Caron-Pawlowsky, M. (2023). Pour se tailler une place. [Série photographique]. Montréal : Organisme Respire. Exposée à la Place du Village-de-la-Pointe-aux-Trembles (Montréal, 2023) et au Museo Spazio Pubblico (Bologne, Italie, 2023).
- Deffontaines, V., Moriceau, M. et Portefaix, P. (2023). Une place à prendre. [Court-métrage]. Paris et Montréal : Institut national de la recherche scientifique, TRYSPACES.
- Boucher, N. et Cossette, S.-M. (Directrices) (2022). ADOES. [Court-métrage]. Montréal : Alexandra Nadeau et Organisme Respire. Sélection officielle du festival Urban Vision : Beyond the ideal city (Bologne, Italie, 2022).
- Boucher, N. et Cossette, S.-M. (2021). Les filles se projettent dans l’espace public. [Projection architecturale]. MAPP_MTL, Festival UNA et Organisme Respire.
Cours en ligne
- City Space Architecture (2025–2028). PS4HER Imagining Public Space with/for Her. Public Space Academy.